Sensibilité et empathie

Empathie et sensibilité : Comprendre pour Mieux Vivre Ensemble. Chap I

CHAPTITRE I

En 2018, à l’époque où j’animais des conférences sur l’empathie et le rôle fondamental des émotions, j’espérais que nous nous acheminions vers une meilleure compréhension et une intégration plus fluide de celles-ci. Pourtant, un échange récent avec un jeune professionnel de la santé mentale m’a fait réaliser que ce n’est pas encore le cas.

Sans prétendre détenir la vérité absolue, une certitude s’impose : le regard scientifique et sociétal actuel sur les émotions mérite d’être revisité. Nous savons désormais, grâce aux recherches en neurosciences, qu’une partie significative de la population possède une sensibilité constitutionnelle accrue (hypersensibilité), ce qui implique des besoins émotionnels spécifiques souvent ignorés ou diagnostiqués à tort. Or, les émotions sont le socle même de l’empathie ; sans une connexion authentique à notre propre vie émotionnelle, il est impossible de ressentir véritablement celle d’autrui.

Pris dans un cycle d’intellectualisation incessante, où l’on analyse l’émotion plutôt que de la comprendre et de la vivre, cette empathie fondamentale nous échappe. Ce phénomène est amplifié chez les jeunes générations, où les études suggèrent un déclin de l’empathie, probablement corrélé à la digitalisation des relations humaines.

C’est pourquoi j’ai décidé de consacrer une série d’articles de blog à ce sujet. Bien que cela ne représente qu’une contribution modeste face à l’ampleur de la situation, j’espère ainsi apporter un éclairage utile.

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Dans un monde qui célèbre souvent l’intellect au détriment des émotions, l’empathie reste pourtant un pilier fondamental de notre survie en groupe. Une connexion nécessaire entre soi et l’autre.
Jusqu’en 2018, grâce au soutien de l’association Les Hypersensibles ». J’ai mené divers conférence sur le sujet. Ci-dessous un bref extrait de son contenu.

Les fondements biologiques de l’empathie

L’empathie n’est pas qu’un concept abstrait ; elle est ancrée dans notre neurologie.

 
Découverts en 1990 par Giacomo Rizzolati à la faculté de médecine de Parme, les neurones miroirs définissent notre capacité à apprendre par mimétisme et à comprendre intuitivement les émotions d’autrui. Ces neurones s’activent lorsque nous observons une action ou une émotion chez quelqu’un d’autre.
Chez les personnes hautement sensibles (HSP), identifiées par la chercheuse Elaine Aron selon le modèle DOES (Profondeur de traitement, Surstimulation, Empathie, Subtilité), cette activité est accrue.
Leur amygdale est plus en alerte et leur cortex traite les informations avec une profondeur notable, leur permettant de détecter des détails invisibles pour d’autres. Cependant, cette réactivité accrue peut parfois mener à une surstimulation ou à une confusion entre ses propres émotions et celles des autres.

Sympathie contre Empathie : La nuance cruciale

Il est essentiel de distinguer ces deux notions souvent confondues :

La sympathie est une réaction à l’émotion par l’émotion. Le « Moi » intervient fortement (« Ah oui, c’est la même chose pour moi ! »), ce qui risque de nourrir l’émotion de l’autre sans la laisser vivre sa propre expérience. L’éternel « Moi je … » qui a un grand impacte sur la communication.

L’empathie, quant à elle, est une réaction à l’émotion par un comportement. Il s’agit de ressentir ce que l’autre vit sans pour autant subir cette émotion. C’est la capacité de se connecter à l’autre tout en restant connecté à soi-même. « Je ressens quelque chose, cela ne m’appartient pas. Je le rends »

Pour l’interlocuteur, une attitude empathique favorise un sentiment d’être écouté, compris et non jugé, permettant ainsi de mettre des mots sur son ressenti et de trouver un soulagement.

L’auto-empathie : La clé de voûte

On ne peut offrir aux autres ce que l’on ne se donne pas à soi-même. L’auto-empathie est le processus qui consiste à se dépouiller de ses filtres émotionnels, de son image sociale et du regard des autres pour écouter ses propres ressentis.

 « Plus on se voit, plus on entend ce qui se vit en nous, plus il est possible de voir l’autre en tant qu’un Être ». Pratiquer l’auto-empathie permet d’éviter la contagion émotionnelle, de garder une bonne distance et de ne pas tomber dans le rôle du sauveur. Cela instaure une stabilité émotionnelle propice à la compassion.

Surmonter les barrières

De nombreux obstacles entravent notre capacité empathique : le désir d’avoir raison, le contrôle, l’individualisme, ou encore la communication indirecte (SMS, emails) qui déshumanise les échanges. De plus, notre éducation peut créer des « verrous émotionnels » ou une anesthésie, nous empêchant de voir les émotions comme un système d’information utile (le mot émotion venant du latin emovere, mouvement vers l’extérieur).

Pourtant, sans empathie, nous sommes « foutus ». Développer cette compétence passe par la pratique de l’écoute centrée sur la personne et la reconnaissance de nos propres besoins émotionnels pour accueillir ceux des autres.

Sources

  • Aron, Elaine. Sensory processing sensibility (SPS) et modèle DOES (hsperson.com).
  • Rizzolati, Giacomo. Découverte des neurones miroirs (1990), Faculté de médecine de Parme.
  • Darwin, Charles (1872), James, William (1884), et autres historiens de l’étude des émotions.
  • Lebreton, Philippe & du Sorbier, Patricia. 50 Exercices pour développer son empathie, Eyrolles, 2014.
  • Rogers, Karl. Être vraiment soi-même, entretien centré sur la personne, Eyrolles, 2012.
  • Wikipedia : Empathie (https://fr.wikipedia.org/wiki/Empathie).
  • Contributions de M. Pereira (doctorant en médecine) et Dre Marie-Lise Schläppy.

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