Article 2

Pourquoi vivons-nous ensemble depuis toujours ?

Cycle 1 Le paradoxe humain : vivre ensemble dans un monde individualiste

 » Les relations sont risquées.

Pourtant…

Nous préférons encore vivre avec ce risque que vivre seuls. » Anne

Le carnet de voyage au coeur de l'humain

Mantra

Nous ne vivons pas ensemble par hasard.

Nous grandissons les uns grâce aux autres.

Une expérience humaine

Les plus grandes joies de notre vie naissent souvent des relations.

  • Tomber amoureux.
  • Créer une famille.
  • Nouer une amitié.
  • Voir naître un enfant.
  • Partager un projet.

Mais il en va souvent de même pour nos plus grandes souffrances.

  • Les séparations.
  • Les trahisons.
  • Les conflits.
  • Les deuils.
  • Les rejets.

Il est étonnant de constater que ce qui nous apporte le plus de bonheur est aussi ce qui peut nous faire le plus souffrir.

Pourtant…

Malgré cela…

Les êtres humains continuent, depuis toujours, de choisir les autres.

Une observation

Si vivre ensemble était uniquement une contrainte, les êtres humains auraient probablement cherché depuis longtemps à s’en affranchir.

Or, partout où nous regardons, nous retrouvons la même réalité.

  • Nous créons des familles.
  • Nous formons des groupes d’amis.
  • Nous travaillons en équipe.
  • Nous construisons des villages, des villes, des associations, des entreprises et des sociétés.

Même les personnes qui apprécient profondément la solitude entretiennent généralement quelques relations qui comptent pour elles.

Comme si vivre avec les autres répondait à quelque chose de plus profond qu’une simple habitude culturelle.

Peut-être que les difficultés des relations ne racontent qu’une partie de l’histoire.

Car derrière les conflits, les désaccords ou les déceptions se cachent aussi l’entraide, la transmission, l’affection, la coopération, la créativité et la possibilité de construire ensemble ce qu’aucun individu ne pourrait accomplir seul.

Vivre ensemble n’est peut-être pas seulement une manière d’organiser la société.

C’est peut-être l’une des conditions qui rendent notre humanité possible.

Ce que la psychologie observe

La psychologie montre que le besoin de créer des liens n’est pas un simple désir parmi d’autres. Il constitue l’un des besoins fondamentaux de l’être humain.

 

Dès la naissance, les premières relations participent à notre développement affectif, émotionnel et cognitif. C’est au contact des autres que nous découvrons progressivement la sécurité, la confiance, le langage, les règles de la vie commune et même notre propre identité.

 

En grandissant, ce besoin ne disparaît pas.

Nous cherchons des personnes avec lesquelles partager nos joies, traverser les épreuves, confronter nos idées ou simplement nous sentir compris.

 

Les recherches montrent que le sentiment d’appartenance favorise le bien-être psychologique, renforce la résilience face aux difficultés et contribue à une meilleure santé mentale.

Cela ne signifie pas que toutes les relations sont bénéfiques. Certaines peuvent devenir toxiques ou destructrices.

 

Mais la psychologie suggère que ce n’est pas le lien en lui-même qui fait souffrir.

 

Ce sont souvent les blessures, les ruptures ou les dysfonctionnements de la relation.

 

Autrement dit, si les relations peuvent parfois être la source de nos plus grandes souffrances, elles demeurent aussi l’une de nos principales ressources pour grandir et nous reconstruire.

Sommes-nous tous concernés de la même manière ?

Oui… mais chacun le vit différemment.

Certaines personnes trouvent facilement leur équilibre dans un cercle social important, tandis que d’autres préfèrent quelques relations profondes. Certaines aiment partager leur quotidien avec de nombreuses personnes, alors que d’autres ont besoin de longs moments de solitude pour se ressourcer.

Ces différences ne remettent pas en cause notre besoin de lien.

Elles montrent simplement qu’il existe de multiples façons de le vivre.

Notre histoire personnelle influence également cette manière d’entrer en relation. Une personne ayant grandi dans un environnement sécurisant développera souvent une confiance plus spontanée envers les autres. À l’inverse, des expériences de rejet, d’abandon ou de trahison peuvent rendre les relations plus complexes.

Il est alors possible de s’éloigner des autres pour se protéger.

Mais même dans ces situations, le besoin de connexion disparaît rarement.

Il se fait simplement plus discret, plus prudent ou plus difficile à exprimer.

Ce que les neurosciences suggèrent

Les neurosciences montrent que notre cerveau s’est développé dans un environnement profondément social.

Dès les premiers jours de la vie, les interactions avec les personnes qui prennent soin de nous participent à la construction des circuits impliqués dans les émotions, l’apprentissage, la confiance et la régulation du stress.

Notre cerveau apprend grâce aux autres.

Il se développe avec les autres.

Et il continue, tout au long de la vie, à être influencé par la qualité de nos relations.

Les recherches montrent notamment que le soutien social peut atténuer la perception du stress, faciliter l’adaptation face aux difficultés et renforcer notre capacité à faire face aux épreuves.

À l’inverse, un isolement prolongé peut fragiliser notre équilibre émotionnel et modifier durablement notre fonctionnement.

Ces observations suggèrent que les relations ne répondent pas uniquement à un besoin affectif.

Elles participent aussi au bon fonctionnement de notre cerveau.

Ce que la biologie suggère

Pendant des centaines de milliers d’années, les êtres humains ont survécu grâce à leur capacité à vivre ensemble.

Un individu isolé disposait de peu de moyens pour protéger les plus jeunes, trouver suffisamment de nourriture, transmettre ses connaissances ou faire face aux nombreux dangers de son environnement.

La coopération augmentait considérablement les chances de survie du groupe.

Mais elle permettait également autre chose.

Elle favorisait l’apparition de compétences complémentaires.

Certains observaient.

D’autres fabriquaient.

D’autres encore transmettaient leur expérience ou prenaient soin des plus fragiles.

Cette complémentarité a permis à l’humanité de développer progressivement des cultures, des techniques, des langages et des formes d’organisation de plus en plus complexes.

Notre histoire biologique rappelle ainsi une réalité souvent oubliée : nous ne sommes pas devenus humains malgré les autres.

Nous le sommes devenus avec eux.

Ce que la philosophie interroge

Pourquoi choisissons-nous encore de vivre ensemble alors que les relations sont parfois si difficiles ?

Depuis des siècles, les philosophes réfléchissent à cette question.

Aristote considérait déjà que l’être humain trouve son accomplissement dans la vie avec les autres. Pour lui, la société n’était pas seulement une organisation pratique, mais un lieu où chacun pouvait développer pleinement son humanité.

D’autres penseurs ont insisté sur une idée complémentaire : nous ne découvrons véritablement qui nous sommes qu’au contact d’autrui.

  • L’autre nous confronte.
  • L’autre nous apprend.
  • L’autre nous transforme.

Peut-être que vivre ensemble n’est pas seulement une nécessité, peut-être est-ce aussi une manière de devenir soi-même.

Dans la vie quotidienne

 

Cette réalité se manifeste dans des gestes si ordinaires que nous finissons souvent par ne plus les remarquer.

  • Nous demandons conseil avant de prendre une décision importante.
  • Nous partageons une bonne nouvelle avec une personne qui compte pour nous.
  • Nous cherchons un regard extérieur lorsque nous doutons.
  • Nous nous réjouissons d’un repas partagé, d’une conversation sincère ou d’un éclat de rire vécu ensemble.

Même lorsque nous choisissons de passer du temps seuls, cette solitude prend souvent tout son sens parce qu’elle s’inscrit dans une vie où existent déjà des liens.

  • Nos réussites prennent davantage de valeur lorsqu’elles peuvent être partagées.
  • Nos difficultés deviennent plus supportables lorsqu’elles sont accueillies.
  • Nos connaissances s’enrichissent lorsqu’elles rencontrent celles des autres.

Peut-être est-ce pour cette raison que, malgré les conflits, les incompréhensions et les blessures, nous continuons inlassablement à créer des familles, des amitiés, des équipes et des communautés.

Parce que vivre ensemble ne consiste pas seulement à partager un même espace.

C’est aussi partager une part de notre humanité.

Une ouverture

 

Comprendre que les relations sont constitutives de notre humanité change profondément notre regard.

 

Nous cessons de voir les autres uniquement comme des sources potentielles de difficultés. Nous pouvons aussi reconnaître tout ce qu’ils rendent possible.

  • Apprendre.
  • Créer.
  • Transmettre.
  • Être soutenu.
  • Soutenir à notre tour.
  • Grandir ensemble.

 

Les liens deviennent alors bien plus qu’un simple décor de notre existence.

 

Ils participent à notre construction.

 

Pourtant, notre époque valorise souvent l’autonomie et l’indépendance comme si elles devaient nous conduire à ne plus avoir besoin des autres.

 

Alors pourquoi sommes-nous parfois si nombreux à vouloir nous convaincre que nous pourrions nous suffire à nous-mêmes ?

Pour aller plus loin

 

Psychologie

  • John Bowlby — Théorie de l’attachement.
  • Roy Baumeister & Mark Leary — Les recherches sur le besoin d’appartenance.
  • Edward Deci & Richard Ryan — Théorie de l’autodétermination.

Neurosciences

  • Matthew Lieberman — Social: Why Our Brains Are Wired to Connect.
  • Naomi Eisenberger — Les effets de l’isolement social sur le cerveau.
  • Stephen Porges — Théorie polyvagale.

Biologie

  • Michael Tomasello — Pourquoi nous coopérons.
  • Robin Dunbar — Les liens sociaux dans l’évolution humaine.
  • Sarah Blaffer Hrdy — Mothers and Others.

Philosophie

  • Aristote — Politique.
  • Emmanuel Levinas — Totalité et Infini.
  • Hannah Arendt — Condition de l’homme moderne.

Ouvrages accessibles

  • Pourquoi nous coopérons — Michael Tomasello.
  • Social — Matthew Lieberman.
  • L’Entraide, l’autre loi de la jungle — Pablo Servigne & Gauthier Chapelle.

 

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