La connaissance de soi comme chemin de liberté

Rencontre avec la Dre Marie-Lise Schläppy

Formation sur le fonctionnement du cerveau de la personne très sensible

« Certaines rencontres ne nous apportent pas seulement des réponses.
Elles changent, en profondeur, les questions que nous nous posons. »
Anne

Regard sur l’entretien

Cet article est né d’une rencontre filmée. Si vous souhaitez découvrir l’échange dans son intégralité, vous pouvez visionner la vidéo ci-dessous. Les lignes qui suivent ne sont pas la retranscription de cette conversation. Elles en sont le prolongement. Elles racontent une rencontre, celle d’une femme qui a choisi de mettre la science au service de l’humain, mais aussi les résonances qu’elle continue de faire naître bien après que les mots se sont tus.

À propos de la Dre Marie-Lise Schläppy

 

Biologiste marine, éducatrice spécialisée de formation, chercheuse et formatrice, la Dre Marélise consacre depuis de nombreuses années ses recherches à l’hypersensibilité, au haut potentiel, à la théorie de la désintégration positive de Dąbrowski ainsi qu’aux mécanismes des relations manipulatoires. Installée aujourd’hui en Australie, elle poursuit ses travaux avec une conviction qui traverse l’ensemble de son parcours : la connaissance n’a de valeur que lorsqu’elle devient accessible et qu’elle permet à chacun de mieux comprendre son propre fonctionnement.

Il est des rencontres qui changent notre regard

Certaines personnes entrent dans notre vie avec une discrétion presque étonnante. Rien ne laisse présager qu’elles y prendront une place particulière. Puis les années passent et, presque sans que l’on s’en aperçoive, on réalise qu’elles ont déplacé quelque chose en nous. Elles nous ont offert une autre manière de regarder le monde, de comprendre les autres… et, parfois, de nous comprendre nous-mêmes.

La Dre M.-L Schläppy fait partie de ces personnes.

Lorsque je l’ai rencontrée pour la première fois, il y a maintenant plus de dix ans, je participais à une formation qu’elle animait autour de la haute sensibilité et de la théorie de la désintégration positive de Dąbrowski. J’y allais avec curiosité, désireuse de mieux comprendre ces notions encore peu connues à l’époque pour lesquelles je m’y percevais.
En assistant à cette formation, je découvrais une autre manière de regarder l’être humain.

Très vite, ce n’est plus seulement le contenu qui retient mon attention. Ce qui me touche profondément, c’est la façon dont la Dre transmet son savoir. Chez elle, la science ne cherche jamais à impressionner. Elle ne sert pas davantage à enfermer les personnes dans des catégories. Elle devient un langage, une passerelle entre les recherches les plus pointues et l’expérience intime de chacun.

Peu à peu, les concepts quittent les publications scientifiques pour rejoindre le quotidien. Ils mettent des mots sur des ressentis que beaucoup vivent sans toujours parvenir à les expliquer. Ils éclairent certaines fragilités, mais révèlent aussi des ressources que l’on n’avait pas encore identifiées.

En quittant cette formation, je n’avais pas seulement appris quelque chose.

J’avais changé de regard.

Depuis cette première rencontre, nos échanges ne se sont jamais vraiment interrompus. Bien sûr, la vie nous a conduites sur des chemins différents. Marélise s’est installée en Australie. De mon côté, d’autres projets ont vu le jour. Pourtant, nous n’avons jamais perdu le fil de nos conversations, ni celui de notre envie de construire ensemble.

Au fil des années, nous avons notamment collaboré au sein de l’association Les Hypersensibles, où nous partagions une même volonté : rendre accessibles des connaissances encore trop souvent méconnues et créer des espaces de dialogue autour de la haute sensibilité.

Aujourd’hui, cette collaboration se poursuit naturellement à travers Holisphère. Ensemble, nous développons de nouvelles formations, animons des tables rondes et ouvrons des espaces d’échanges autour de thématiques qui nous tiennent profondément à cœur.

Notre rencontre

Elle s’inscrit dans une histoire déjà ancienne, faite de conversations, de projets partagés et d’une même conviction : lorsque la recherche est transmise avec simplicité, humilité et humanité, elle peut véritablement transformer notre manière de nous comprendre.

C’est précisément pour cette raison que j’ai souhaité lui donner la parole aujourd’hui.

Non pas uniquement pour parler d’hypersensibilité.

Non pas davantage pour présenter ses recherches.

Mais parce que, derrière la chercheuse, il y a une femme dont le regard sur le vivant mérite, à lui seul, que l’on prenne le temps de l’écouter.

Et c’est là que commence véritablement cette rencontre.

Une curiosité qui traverse toute une vie

 

En écoutant La Dre Marie-Lise Schläppy raconter son parcours, je comprends rapidement qu’un même fil rouge relie toutes les étapes de sa vie : une curiosité profonde pour le vivant.

Avant de devenir chercheuse, elle est éducatrice spécialisée. Puis elle choisit de suivre un rêve qui l’habite depuis l’enfance en partant étudier la biologie marine en Australie. Les océans deviennent alors son premier terrain d’exploration. Observer, comprendre, relier les phénomènes entre eux… telle est déjà sa manière d’habiter le monde.

Pourtant, au fil des années, son regard se tourne progressivement vers un autre territoire.
Celui de l’être humain.

À première vue, ce changement pourrait sembler radical. En réalité, il s’inscrit dans une parfaite continuité. Qu’il s’agisse d’explorer un écosystème marin ou les mécanismes plus subtils de la sensibilité humaine, la démarche reste la même : observer sans préjugés, chercher à comprendre plutôt qu’à conclure trop vite et accepter que la réalité soit toujours plus nuancée qu’elle n’y paraît.

C’est ainsi qu’elle découvre les premiers travaux consacrés au haut potentiel, puis ceux d’Elaine Aron sur l’hypersensibilité.

À cette époque, les ressources en français sont encore très rares. Les recherches existent, mais elles restent essentiellement accessibles dans le monde anglophone. Très vite, Marélise mesure combien ces connaissances pourraient pourtant aider de nombreuses personnes à mieux comprendre leur propre fonctionnement.

Elle décide alors de les étudier, de les approfondir et, surtout, de les transmettre. Non pas pour créer une nouvelle spécialité. Encore moins pour distribuer des étiquettes. Simplement parce qu’elle pressent que ces recherches peuvent devenir de véritables repères pour celles et ceux qui cherchent, depuis parfois de longues années, à mettre des mots sur ce qu’ils vivent. Cette nuance est essentielle.

Car il existe une profonde différence entre dire à quelqu’un qui il est… et lui offrir des clés pour qu’il puisse, peu à peu, mieux se rencontrer lui-même.

C’est probablement là que réside toute la singularité du travail de la Dre Marie-Lise Schläppy.

Elle ne cherche pas à convaincre. Elle cherche à éclairer.

Comprendre pour mieux se rencontrer

 

En poursuivant notre échange, une idée revient avec une grande constance. Elle traverse les recherches de la Dre Marie-Lise Schläppy, mais aussi sa manière d’accompagner les personnes qu’elle rencontre.

Comprendre son fonctionnement n’a jamais pour vocation de nous enfermer dans une définition. Bien au contraire. Il s’agit d’ouvrir une porte.

Depuis quelques années, le mot hypersensibilité est entré dans le langage courant. Il circule abondamment sur les réseaux sociaux, dans les ouvrages de développement personnel et jusque dans les conversations du quotidien. Pourtant, à mesure que le sujet gagne en visibilité, un risque apparaît : celui de transformer un outil de compréhension en une identité.

La Dre Marie-Lise Schläppy nous invite à faire un pas de côté.

Elle rappelle qu’une caractéristique n’est jamais une personne. Elle constitue une partie de son fonctionnement, mais ne résume ni son histoire, ni sa personnalité, ni son potentiel. Cette nuance est essentielle.

Car il existe une différence profonde entre dire :

« Je suis hypersensible. »

Et dire :

« Je présente un fonctionnement qui m’aide à comprendre certaines réactions. »

La première affirmation peut parfois enfermer.

La seconde ouvre un espace de compréhension.

Au fond, ce qui importe n’est pas tant le mot que ce que nous en faisons.

Si une étiquette nous aide à mieux nous connaître, à accueillir nos besoins avec davantage de bienveillance et à mieux comprendre certaines difficultés, alors elle remplit pleinement son rôle.

En revanche, si elle devient une limite, une justification ou une manière de définir toute notre identité, elle perd peu à peu son sens.

Tout au long de notre échange, la Dre Marie-Lise Schläppy revient sur cette idée avec beaucoup de simplicité.
Le véritable objectif n’est pas de collectionner les diagnostics ou les concepts. Il est de retrouver une forme de liberté.

  • La liberté de mieux comprendre son fonctionnement.
  • La liberté de respecter davantage son rythme.
  • La liberté, aussi, de cesser de se comparer aux autres.
  • Et, finalement, la liberté d’être pleinement soi.

La banane dans le train

 

Parmi les nombreux exemples qu’elle partage au cours de notre conversation, il en est un qui me fait particulièrement sourire… tout en résumant parfaitement sa manière de transmettre. Cela concerne la caractéristique de la personne hautement sensible

 » Imaginez un train.

Au fond du wagon, une petite poubelle.

À l’intérieur, une banane dont l’odeur commence doucement à se répandre.

Pour la majorité des voyageurs, rien de particulier.

Certains ne la remarqueront même pas.

Pour une personne présentant une très grande sensibilité sensorielle, en revanche, cette odeur peut rapidement occuper toute la place. Elle devient impossible à ignorer. L’attention se fixe dessus, la gêne augmente et, peu à peu, l’agacement s’installe.

Nous avons alors tendance à attendre que quelqu’un retire cette banane.

Ou à penser que le problème vient uniquement de l’extérieur.

Puis la Dre Marie-Lise Schläppy pose une question toute simple.

Et si vous changiez simplement de siège ? « 

Cette image, en apparence anodine, contient pourtant une réflexion beaucoup plus profonde.

Nous ne pouvons pas toujours modifier notre environnement.

En revanche, nous pouvons apprendre à reconnaître ce qui nous affecte et retrouver notre capacité d’action.

Il ne s’agit pas de nier sa sensibilité.

Encore moins de faire comme si rien ne nous touchait.

Il s’agit plutôt de reconnaître notre fonctionnement afin de choisir, lorsque cela est possible, la réponse la plus ajustée.

C’est sans doute là que réside la véritable connaissance de soi. Non pas dans le fait de mieux expliquer nos difficultés, dans notre capacité à retrouver une marge de liberté face à elles.
Et cette différence change tout

Une science avec un regard profondément humain

Au fil des années, ce qui m’a toujours frappée chez elle, ce n’est pas seulement l’étendue de ses connaissances. C’est également la manière dont elle les transmet.

Chez elle, la recherche ne reste jamais confinée aux laboratoires ou aux publications scientifiques. Elle prend vie au contact des personnes, de leurs histoires et de leurs questionnements.

  • Chaque théorie devient une invitation à réfléchir.
  • Chaque étude ouvre une nouvelle perspective.
  • Et, surtout, chaque découverte reste au service de l’humain.

Cette humilité traverse toute notre conversation.

À plusieurs reprises, elle rappelle que la recherche continue d’évoluer. Les connaissances progressent, de nouvelles hypothèses émergent, certaines sont confirmées tandis que d’autres sont remises en question.

Rien n’est figé.

Et c’est précisément ce qui rend la science si passionnante.

Elle ne prétend pas détenir une vérité définitive.

Elle nous invite à rester curieux, à continuer d’observer et, surtout, à accepter que la compréhension de l’être humain soit toujours en mouvement.

En refermant cette rencontre, je repense à cette première formation, il y a plus de dix ans.

À l’époque, je cherchais simplement des réponses.

Aujourd’hui, je réalise que Marie-Lise m’a offert quelque chose de bien plus précieux.

Elle m’a transmis une autre manière de poser les questions.

Et, parfois, c’est peut-être là que commencent les plus belles transformations.

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